Suivi satellitaire de la Cigogne noire en Anjou
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Espèce paléarctique et migratrice transsaharienne, la Cigogne noire a vu ses effectifs d’Europe de l’Ouest s’effondrer au début du XXe siècle. Après environ 50 ans d’absence, cette espèce, aux mœurs étonnement secrètes, est peu à peu réapparue dans les forêts anciennes d’Europe occidentale, à la faveur de mesures de protection internationale.
Bio-marqueur incontestable de la qualité des écosystèmes forestiers et des rivières, la Cigogne noire est l’une des espèces les plus étudiées dans le cadre de la biologie de la conservation au sein de la communauté européenne et fait l’objet de films et colloques sur sa biologie et son histoire sur le vieux continent.
En revanche, très peu de données chiffrées existent, à ce jour, tant sur les effectifs présents que sur son écologie en France, notamment en Pays de la Loire, où rappelons-le, l’espèce niche depuis plusieurs années.
Au-delà même des multiples informations que son étude peut apporter sur la santé de nos environnements, au Nord comme au Sud, la protection de cette espèce, à l’échelle de la planète, ne peut être effective que si elle intègre des mesures de conservation appliquées simultanément sur ses quartiers de reproduction et d’hivernage. Le succès de reproduction de l’espèce en Europe est en effet étroitement conditionné par les facteurs climatiques et trophiques que l’espèce retrouve chaque année en Afrique, de septembre à mars.
Le département de Maine-et-Loire est l’un des rares départements à accueillir cette espèce dont les effectifs nicheurs français n’excèdent pas une trentaine de couples.
Dans ce contexte, une étude axée sur l’éco-éthologie de Ciconia nigra en Maine-et-Loire a été menée pour évaluer la densité de la population départementale et caractériser les biotopes des sites de reproduction et de gagnage de Ciconia nigra.
En simultané, il sera réalisé, sur les mêmes zones, une évaluation qualitative et quantitative des activités humaines (tourisme, pêche, cueillette, sylviculture, extraction de la tourbe, etc.), pratiquées par les divers acteurs pouvant avoir des incidences sur le comportement de l’espèce dans ces zones.
L’équipement de quatre Cigognes noires juvéniles de balises Argos GPS solaires a permis de croiser les données des biotopes, relevées in situ, avec celles obtenues par l’utilisation du système Argos. |

Cigogne noire juvénile équipée d’une balise Argos GPS solaire (photo : Damien Chevallier)
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Le 9 juillet 2006, les cigogneaux, alors âgés d’environs soixante jours, ont été équipés chacun de balises Argos. Les quatre émetteurs utilisés pèsent chacun, de 12 à 75 g et trois d’entre eux sont équipés de GPS. |
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Les individus équipés de ces émetteurs sont issus d’un nid localisé en Maine-et-Loire, dans une forêt privée, constituée d’un peuplement de Pins maritimes et de Pins sylvestres. Le nid est positionné à 12,5 m de haut, sur l’axe du tronc, dans une fourche au-dessus des premières branches vertes. Ce nid a été découvert en 2003 par Christian Brossard (habitant de Mouliherne), personne ressource dans cette étude puisqu’il connaît parfaitement l’ensemble des massifs forestiers. En 2004, la nichée était composée de quatre cigogneaux, de trois en 2005 et quatre en 2006. Les nichées 2005 et 2006 ont été baguées (v. page baguage). L’arbre porteur du nid est un Pin maritime, d’un diamètre de 0,60 à 1,30 m, âgé d’environ 70 ans. Le nid de forme ovale, d’un diamètre de 1,40 m x 1,20 m, est composé de trois épaisseurs de nids. |
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Le premier cigogneau a pris son envol le 19 juillet 2006. Le 23 juillet, deux autres quittaient le nid pour rejoindre les zones de gagnage aux alentours. Il a fallu attendre le 31 juillet pour que le quatrième quitte le nid. Les cigogneaux revenaient chaque soir au nid.
La distance moyenne entre le nid et les zones de gagnages est comprise entre 1 000 et 7 000 m selon les cigogneaux. La distance maximum entre le nid et la zone de gagnage est de 25 km. Les cigognes se nourrissaient d’insectes, de poissons et batraciens qu’elles trouvaient principalement dans les prairies, mares et bras morts (bord de Loire).
Les cigogneaux ont quitté la zone de nidification quasiment en même temps, à quelques jours d’intervalles : le 17 août (Romain), le 18 août (Vincent), le 20 août (Christian) et 21 août (Mathis).
À notre grande surprise, les quatre cigogneaux sont partis dans des directions opposées.
En effet, Mathis s’est dirigé vers l’ouest, Vincent vers le sud, Christian vers le nord et Romain vers l’est.
Nous avons perdu la réception de deux des cigogneaux les 20 et 24 août. Nous ne connaissons pas précisément les raisons qui ont causé leur disparition. Concernant Romain, sa dernière position se situe sur une ligne à haute tension.
Celles-ci sont responsables de la mortalité d’un grand nombre d’espèces d’oiseaux, notamment les cigognes et il n’y aurait rien d’étonnant à ce que Romain ait été électrocuté (mais un dérèglement de la balise par le champ électromagnétique est aussi envisageable).
Romain et Christian avaient respectivement effectués, depuis leur départ, 489 et 346 km.
Mathis et Vincent ont migré tous les deux en Espagne. Mathis a effectué 1 200 km et Vincent 1 100 km. Vincent n’a vraiment commencé sa migration qu’à partir du 8 octobre. Ainsi, avant son départ en migration, entre le 18 août et le 8 octobre, il a parcouru 1 370 km. Cela traduit un comportement très erratique de l’oiseau. Ce comportement se retrouve beaucoup chez les Cigognes noires juvéniles. |
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540 km séparent les deux cigogneaux originaires du même nid. Mathis fréquente les rizières, prairies et exploitations arboricoles de l’est de l’Espagne (30 km au sud de Valence).
Vincent utilise aussi les rizicultures et les prairies du Sud de l’Espagne, situées en bordure du Guadalquivir (fleuve espagnol qui se jette dans l’océan Atlantique à l’ouest du détroit de Gibraltar), comme zones de gagnage (20 km au sud de Séville).
Vincent a tenté de traverser le détroit de Gibraltar, le 4 décembre à 11 heures. Pour une raison inconnue, il a rebroussé chemin et s’est dirigé ensuite vers le nord. Il est désormais peu probable que les deux cigognes migrent en Afrique. En effet, les cigognes migrent généralement durant les mois de septembre et octobre. L’Espagne tient une place stratégique pour les oiseaux migrateurs. Si elle sert de halte, elle est aussi un site de reproduction et d’hivernage pour les Cigognes noires sédentaires et migratrices qui trouvent sur ces terres de la nourriture en abondance.
L’utilisation de cette nouvelle technologie, associée aux relevés de terrain, nous permettra de déterminer précisément la localisation géographique des populations de cigognes, leurs exigences trophiques, et de déterminer les dynamiques spatiales et les voies de migration.
L’ensemble de ces données visera à fournir aux politiques locales de l’environnement, les informations nécessaires à une meilleure gestion des contingents européens de l’espèce pendant leur période de reproduction.
Nous espérons trouver d’autres nids, grâce à la participation des propriétaires privés et de tous les acteurs locaux, qui je l’espère continueront de nous informer régulièrement lorsqu’ils seront en contact avec des Cigognes noires.
Cette étude expérimentale sera renouvelée en 2007 avec la participation du CNRS, de l’IRD, des zoos de Doué-la-Fontaine et d’Amnéville, ainsi que de la LPO Anjou, de la Fédération départementale des chasseurs de Maine-et-Loire et de la Fédération régionale des chasseurs des Pays de la Loire. Nous remercions les propriétaires privés pour leur participation au projet.
Damien Chevallier
http://www.latitude11.org/ |