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Ligue pour la Protection des Oiseaux - délégation Anjou (LPO Anjou) LPO Anjou

La Réserve naturelle régionale des coteaux du Pont-Barré, réserve botanique du chanoine Corillion

 

RNR des Coteaux du Pont-Barré

 

 Version_finale_lpo-03-06-2010.pdf

 

Plaquette disponible au loca LPO à Bouchemaine et à l'Office de tourisme de Beaulieu-sur-Layon

 


1. Présentation du site

Situés sur la commune de Beaulieu-sur-Layon, à 25 km d’Angers, les coteaux du Pont Barré surplombent la vallée du Layon et offrent une vue incomparable sur les vignobles des alentours. La renommée de ce vignoble est liée à la particularité de son climat et à la nature des roches qui composent son sous-sol. Ce terroir si particulier offre les conditions propices au développement de la vigne qui donnera un vin réputé, mais aussi et surtout d’une flore et d’une faune d’une richesse insoupçonnée.

Au milieu du XXe siècle ce site fit l’objet de nombreux travaux scientifiques. Il doit sa reconnaissance avant tout au chanoine Robert Corillion (1908-1997), éminent botaniste angevin qui en a révélé toutes les richesses, notant la remarquable concentration d’espèces végétales et l’intérêt exceptionnel sur le plan phytogéographique (flore méridionale). Maître de recherche au CNRS et directeur du laboratoire de biologie végétale et de phytogéographie à l’Université catholique de l’Ouest, il fit personnellement l’acquisition en 1961 d’une parcelle qui présentait un intérêt patrimonial indéniable et la fit classer en réserve naturelle volontaire.
L’histoire d’une découverte plus ancienne que nous ne pouvions l’imaginer. Les premières investigations de naturalistes remontent en effet à la fin du XVIe siècle.
« Depuis la découverte par La Réveillère-Lepeaux, vers 1785, de Stipa pennata L. et d’Aster linosyris (L.) Bernh., des générations de botanistes se sont succédé au Pont Barré à la suite de De Candolle (1806) et de T. Bastard (1813). De même, dans un passé récent, diverses sociétés savantes, plusieurs congrès, ont compris le site de Pont Barré dans leur programme d’étude. Nous ne mentionnerons ici, pour mémoire, que le passage des excursions du Congrès international de botanique de Paris en 1954 et de la Société botanique de France en 1956. » (Corillion 1969).

  

    Figure 1. — Localisation des coteaux du Pont Barré (Beaulieu-sur-Layon, 49).


Si l'essentiel du relief est naturel, diverses exploitations ont façonné les coteaux au fil des ans. À l'extrémité est du site du Pont Barré, se trouve une ancienne carrière de roches calcaires qui a créé une falaise verticale abrupte sur quelques dizaines de mètres. Une autre carrière (de spilites), en cours d'exploitation par l'entreprise TTPL, est située sur le sommet du plateau, s'étendant jusqu'en bordure du coteau. Par ailleurs, sous la végétation buissonnante, le visiteur pourra observer un microrelief, lié à l'exploitation ancienne de la vigne : terrasses, murets…


2. Protection du site

Le chanoine Robert Corillion, éminent botaniste angevin, a conduit la demande d’inscription d’une partie des coteaux en réserve naturelle volontaire dès 1984, et permis l’engagement des premiers travaux de gestion écologique de cet espace alors menacé par la déprise. Il rétrocède ensuite cette parcelle à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts d’Angers.
C'est vers la fin des années 1990 que la LPO Anjou, engage les premières démarches de concertation, compile les connaissances dans un premier plan de gestion et réalise les premiers travaux écologiques C’est l’occasion d’intervenir non plus sur la seule « réserve botanique » mais sur l’ensemble du coteau. En 1999, la LPO conforte la protection du site par l'acquisition de 2 ha à forte valeur patrimoniale. Dès lors des projets sont montés pour conforter la protection et la valorisation de cet espace remarquable et les collectivités locales, les associations et les propriétaires sont unanimes pour protéger ce site unique.
Création de la réserve naturelle régionale (RNR)

C’est tout naturellement qu’à partir de 2006, nous nous tournons vers la Région Pays de laLoire pour porter le projet de création d’une réserve naturelle régionale.
Aux longues phases d’inventaires et de description, en partenariat avec le Conservatoire botanique national de Brest, succède le temps de la planification et du montage de projet, qui aboutit en septembre 2009 à la validation du plan de gestion de la RNR.
La Région Pays de la Loire entérine la demande et prend son arrêté de classement le 14 décembre 2009.

C’est le 29 juin 2010 que les élus de la Région, les trois propriétaires concernés — la LPO Anjou, la famille Pithon-Paillé et l’Académie des sciences, belles-lettres et arts d’Angers —, et les naturalistes de l’Anjou amoureux du site ont eu le plaisir d’inaugurer cette nouvelle réserve.


3. Huit hectares d'une nature riche et féconde

    Géologie et contexte climatique

Les coteaux du Pont Barré offrent, sur une superficie réduite, la possibilité d’observer de nombreux types de roches, appartenant tant au complexe de Saint-Georges-sur-Loire (« spilites ») qu’au sillon houiller de basse Loire (conglomérats, grès et schistes). De plus, leur présence à proximité du domaine des Mauges permet de présenter un grand nombre de roches et de phénomènes tectoniques, présentant un grand intérêt pédagogique (failles, plis) et scientifique. Le relief particulier du coteau, fait de pentes et d’escarpements rocheux, et cette complexité géologique (mélange de roches acides et basiques) participent au maintien d’une mosaïque d’habitats naturels : pelouses sèches, fourrés, boisements, prairies, vignes, parois et dalles rocheuses, où vivent de nombreuses espèces.

Le climat du Pont Barré a été longuement étudié par le chanoine Corillion, qui effectuait les relevés sur le poste météorologique implanté dans la réserve par le CNRS.
La pluviométrie y est inférieure à 600 mm, proche de celle relevée dans le Saumurois (CARTA 1996). Sur le site même, le relief est à l’origine de précipitations encore plus faibles, de l’ordre de 460 mm de moyenne annuelle. Avec une température moyenne annuelle élevée (de l’ordre de 12 °C), l’indice d’aridité (indice d’aridité de De Martonne) est faible, indiquant un caractère méridional (Corillion 1981).
Cette particularité météorologique, liée à un substrat peu épais permet le développement d’une flore thermophile annuelle, très différente de l’ensemble de celles du Massif armoricain dans lequel se situe le Pont Barré. Ainsi Corillion (1982) faisait remarquer dans son essai sur la végétation du Pont Barré que 41 % des espèces végétales méridionales du Massif armoricain étaient présentes sur les coteaux du Pont Barré. Elle explique également la présence de nombreuses espèces thermophiles (papillons méridionaux, cigales…).


Une flore et une faune à l’accent méditerranéen

500 espèces de plantes sont observées à ce jour sur le site. Parmi elles, 50 espèces vulnérables, dont 9 sont protégées au niveau régional ou national comme la Gagée de Bohême, la Tulipe sauvage ou la Rose de France. La réserve des coteaux du Pont Barré abrite ainsi plus de 8 % des plantes vasculaires rares ou menacées des Pays de la Loire.
En dehors des espèces protégées, d’autres présentent un intérêt patrimonial très fort. On citera pour mémoire la présence de l’Hélianthème nummulaire, de la Laitue pérenne, du Lin de France ou encore de la Tulipe sylvestre.

La Gagée de Bohême Gagea bohemica
Minuscule, la Gagée de Bohême possède des fleurs d’un jaune éclatant qui s’épanouissent dès le mois de janvier sur les pelouses rases du coteau. Elle est très localisée et en population réduite du fait de ses exigences écologiques.

    Espèce rare, protégée au niveau national

La Tulipe australe Tulipa sylvestris subsp. australis

Depuis plus de 400 ans les Hollandais cultivent avec amour les variétés de tulipe. Mais saviez-vous que ces fleurs magnifiques poussent à l’état sauvage en Anjou où l’on peut rencontrer deux espèces en milieu naturel : la Tulipe sylvestre, et la Tulipe australe. Cette dernière, du fait de son abondance sur le site, est une des priorités de gestion. La première pousse, comme son nom ne l’indique pas, plutôt dans les vignes.
Espèce vulnérable au niveau régional

 

Suivi botanique

Un protocole de suivi annuel de l’évolution de la végétation et des espèces patrimoniales est mis en œuvre sur le site. Ce travail coordonné par le gestionnaire est réalisé par le Conservatoire botanique national de Brest (CBNB). Étape indispensable pour l’évaluation et l’adaptation des mesures de gestion déclinées sur le site, cette phase de travail est d’autant plus importante que le site de Pont Barré est unique et très sensible.



    Figure 2. — Exemple de suivi annuel, dénombrement et cartographie des pieds fleuris de Gagée de Bohême. 

 

Les grands types de milieux naturels

Une grande variété d’habitats sous forme de mosaïque complexe liée à la géodiversité du site :

       - pelouses et landes ;
       - ourlets forestiers ;
       - peuplements pionniers sur affleurements rocheux ;
       - friches ;
       - fruticées et zones boisées ;
       - milieux humides.

   

    Figure 3. — Cartographie des habitats d’intérêt communautaire (CBNB 2007).


Faune

Intérêt entomologique

L’intérêt entomologique est lié à la fois à la richesse botanique (développement de plantes-hôtes des chenilles) et aux conditions climatiques particulières du coteau. Le nombre d’espèces rares ou menacées, ainsi que la présence de plusieurs espèces disparues ailleurs dans le département, en font un site exceptionnel.

De nombreuses espèces de criquets et de sauterelles caractéristiques des milieux secs sont présentes sur le site, parmi lesquelles le Criquet à ailes rouges. On rencontre également la Cigale argentée et la Cigale des montagnes ou l’intrigant Ascalaphe ambré.
87 espèces de papillons y ont été recensées. 46 % d’entre elles sont inscrites sur la liste des espèces déterminantes des Pays de la Loire, dont l’emblématique Azuré bleu céleste, fortement lié à l’Hippocrépide fer à cheval.

Ces groupes d’espèces font aujourd’hui l’objet d’un suivi minutieux mis en œuvre par le Groupe d’étude des invertébrés armoricains (GRETIA).

Lépidoptères
  Actualiser avec étude 2011 !!, 87 espèces de Lépidoptères y ont été recensées (inventaires SESA/B. Lambert). 46 % de ces espèces sont inscrites sur la liste des espèces déterminantes des Pays de la Loire (DREAL) et 2 espèces sont protégées au niveau national.
    Certaines espèces présentent quant à elles un intérêt particulier pour le site, soit du fait de leur abondance, ou de la présence de formes caractéristiques.
    Parmi les plus intéressantes, retenons la présence de la Piéride de l’Ibéris Pieris mannii andegava, très rare en France, et inféodée à la Corbeille d’argent Iberis sempervirensLysandra bellargus, très commun sur le site, est présent en grande quantité.

L’Azuré bleu céleste Lysandra bellargus
   

Espèce menacée au niveau régional

Parmi les Argus (papillons dont les mâles sont généralement de couleur bleue), celui-ci est facilement reconnaissable à sa livrée d’un bleu intense. Sa répartition en Anjou se limite aux coteaux calcaires où se développe l’Hippocrépide, petite légumineuse à la gousse en forme de fer à cheval, plante-hôte de sa chenille.

 
Parmi les autres espèces patrimoniales, on retiendra la présence de Maculinea arion (protégée en France), Glaucopsyche alexis, Nordmannia acaciae (l’une des dernières stations en Pays de la Loire)…

Orthoptères
De nombreuses espèces caractéristiques des milieux secs ont été recensées sur le site. Peu d’entre elles présentent un intérêt patrimonial, hormis l’Œdipode allemande Oedipoda germanica. Cette espèce est en régression constante en France, liée à de multiples facteurs : boisement et dégradation des terrains secs et rocheux, emploi de biocides dans les vignes…

L’Œdipode à ailes rouges est bien présent.
En 2010, au moins 8 individus ont été recensés.

Œdipode à ailes rouges

L’Ascalaphe Libelloides longicornis
C'est un névroptère. Cette espèce est présente sur les biotopes chauds et secs, où elle colonise les prairies. Une population relictuelle subsiste sur les coteaux du Pont Barré et des individus sont observés régulièrement chaque été.

  
Cigales

    Deux espèces de cigales se rencontrent sur les coteaux de Pont Barré :
        • la Cigale argentée Tettigeta argentata
        • la Cicadette des montagnes Cicadetta grpe montana

Ces deux espèces sont en limite de répartition nord. Leur présence à cette latitude s’explique par le microclimat présent sur le site, les cigales étant des insectes très héliophiles.

Araignées
Des relevés effectués depuis plusieurs années ont mis en évidence une grande richesse arachnologique, avec présence de nombreuses espèces à répartition méridionale.
De nombreuses prospections ont été réalisées sur ce groupe, combinant des recherches à vue et du piégeage (battage, pots-pièges) (dét. : S. Braud). Un total de 123 espèces d’araignées a été recensé sur le site, mais il est probable que bien d’autres taxons puissent être trouvés si les prospections se poursuivent.
Parmi les nouvelles espèces trouvées lors de ce piégeage, notons la présence de Gnaphosa opaca, nouvelle espèce pour la France (détermination par Serge Braud).
Par ailleurs, deux espèces de pseudoscorpions ont été trouvées : Chthonius ischnocheles et Chthonius tenuis (dét. : Marc Judson, MNHN).

On retiendra notamment la présence de trois espèces rares :

L’Éréside Eresus cinnaberinus et la Mygale Atypus affinis, toutes deux inféodées aux substrats secs et ensoleillés, dans lesquels elles creusent leurs terriers. Leurs populations sont localisées au niveau de la réserve et principalement dans la zone à l’est (pré sec à Tanaisie en corymbe), ainsi que sur la pelouse surplombant le four à chaux ;
Cyclosa algerica, est une espèce du sud de la France, très rare ailleurs.

Par ailleurs, la superbe Salticide Philaeus chrysops était observée régulièrement dans la petite carrière située à l’est des coteaux (carrière de Beaulieu). Cette station est à présent détruite suite au comblement de la carrière.


4. Mise en œuvre du plan de gestion de la RNR des coteaux du Pont Barré

Enjeux de conservation et objectifs à long terme

Conservation du patrimoine naturel, géologique et culturel :
Conservation et restauration des espèces et des habitats naturels d’intérêt patrimonial élevé (pelouses rases et affleurements rocheux) et de la géodiversité ;
Conservation ou restauration du petit patrimoine bâti.

Amélioration de la connaissance, diffusion du savoir :
Développement des connaissances, pour permettre une gestion plus fine : analyse de l’impact des pratiques de gestion sur les habitats ou sur des groupes d’espèces (invertébrés…), organisation de l’accessibilité au site et de ses points d’intérêt patrimoniaux (géologie par ex.).

Intégration socio-économique du projet :
Intégration des pratiques de viticulture dans un plan de gestion global ;
Participation à la connaissance et l’appropriation du projet par les acteurs locaux.

 

Déclinaison des actions de gestion des habitats

  • débroussaillage des parcelles dégradées (colonisation par les ligneux);

  • mise en place d’un plan de pâturage ;

  • fauche manuelle des parties les plus sensibles ;

  • canalisation de la fréquentation.

       
      
      

    Exemple d’actions de génie écologique conduites en 2009 et 2010 :
  

L’émergence d’un partenariat fort avec 2 organismes formateurs spécialisés dans la gestion des espaces verts et des espaces naturels :

        le CFPPA du Fresne (Vincent Jarry, Pascal Noblot) ;
        le lycée de Briacé, BTS GPN (Stéphane Guérif).


    La réserve en mouvement !


5. Accès au site de la RNR

Les terrains de la RNR vous offrent la possibilité de cheminer le long d’itinéraires de randonnée dédiés à cet usage. Vous trouverez dans la plaquette ci-dessous les itinéraires disponibles.
 
Veuillez respecter les parcelles que vous traversez car elles sont le support de travail de la famille Pithon, viticulteurs, et d’une faune et d’une flore remarquables.

La flore de la réserve botanique est strictement protégée (cueillette interdite) et l’accès ne se fait que sous autorisation préalable auprès de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts d’Angers.

Concernant l’accès sur les parcelles de la LPO, nous vous demandons de nous contacter avant chaque sortie sur le terrain, et de réaliser un compte rendu des observations réalisées. Nous vous demandons de respecter la faune et la flore du site (pas de capture, pas de cueillette), afin de protéger les espèces sensibles qui s’y développent.

    parcours du Pont-Barré


Remerciements

aux propriétaires associés à cette démarche, l'ASBLAA et la Famille Pithon Paillé ; aux collectivités locales (Mairie de Beaulieu-sur-Layon, Communauté de communes des coteaux du Layon, Pays Layon, Lys, Aubance, Commune de Saint-Lambert-du-Lattay…) ;


aux financeurs du programme : Région Pays de la Loire, Union européenne (Feder Leader +), conseil général de Maine-et-Loire, DREAL Pays de la Loire ;


aux bénévoles participant aux inventaires et aux travaux d'entretien, et particulièrement à Jérôme et Bernard Bouet pour le suivi du troupeau ;


aux groupes d'étudiants du CFPPA du Fresne et du lycée de Briacé ;

à l'association d'insertion « ARAMIS » ;

à toutes les personnes ayant apporté leur concours à la réalisation de ce programme : MM. Braud, Lambert, Mornand, Pithon, Redois, Mme Lambert ;

à l'ensemble des donateurs, qui ont participé financièrement aux acquisitions : particuliers et adhérents de l'association, et au Zoo de Doué-la-Fontaine.


Téléchargement

Plaquette Leader : Les Coteaux du Pont-Barré Patrimoine naturel, géologique et historique

Plaquette région :RNR_PONT-BARRE-5.pdf

 

Liens

Réserves naturelles régionales des Pays de la Loire 

Famille Pithon-Paillé

Zoo de Doué-la-Fontaine

mise à jour : 04/10/12





réalisation Mickael Desgranges - 2010