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Ligue pour la Protection des Oiseaux - délégation Anjou (LPO Anjou) LPO Anjou

L'Outarde caneptière

 

Ensemble, sauvons l'outarde !
Le point sur la situation de l'Outarde canepetière Tetrax tetrax
en Maine-et-Loire

                      

                              

 

L'Outarde canepetière, une espèce en sursis

 

L’Outarde canepetière, espèce emblématique des paysages de plaines céréalières de champagne, est aujourd’hui au bord de l’extinction dans les régions de grande culture. Cette espèce a montré un déclin spectaculaire ces 30 dernières années : - 90 % sur l’hexagone. Le département de Maine-et-Loire abrite, lui, le noyau de population le plus septentrional de France, localisé sur le canton de Montreuil-Bellay. La LPO Anjou est impliquée sur ce territoire depuis 1992. Les suivis réalisés au cours de ces 15 dernières années ont permis de mieux cerner la biologie de l’espèce et son utilisation du site.

 

Les connaissances acquises à travers le programme Life (1997-2000) conduit en avec le partenariat CNRS de Chizé ont permis d’affier la compréhension des exigences biologiques de l’espèce sur le site.


Depuis 2001 un plan de restauration de l’Outarde canepetière en Maine-et-Loire (MOURGAUD, 2001a) a été réalisé ; cependant ce plan de restauration n’a pas pour l’instant pu être décliné de manière opérationnelle. La désignation du site en tant que zone de protection spéciale (ZPS) et l’intégration au réseau Natura 2000 fin 2005, puis la réalisation du document d'objectifs (DOCOB) en 2007 devraient permettre d’aboutir à la mise en œuvre d’un plan de gestion conservatoire effiace sur le territoire.
Depuis 1992 et les premiers travaux réalisés par Christophe Jolivet, la LPO Anjou n’a cessé de se mobiliser pour continuer le travail commencé sur le territoire de la ZPS. Tous les ans des comptages, des travaux scientifiues et des actions de gestion ont été mis en œuvre sur la zone afi de suivre l’évolution de la population d’Outarde et de permettre la préservation de la qualité environnementale du site.

 

L'Outarde canepetière, biologie


De retour de leurs lieux d’hivernage (Espagne) en mars, les mâles se dispersentprogressivement sur le site et prennent possession de leur territoire (chants, parades sautées, poursuite des intrus). Ils se cantonnent principalement dans des milieux à végétation rase ou peu dense (semis de tournesol, luzerne fauchée, jachères, chemins…

 

© Francis Cauet          

 

Les outardes sont des oiseaux coloniaux et grégaires avec un comportement social très marqué. « Elles ont un comportement de parade en arène, appelée lek (regroupements en fonction de facteurs sociaux et territoriaux). Dans le cas de la canepetière, il s’agit de lek éclaté. » (BOUTIN & MÉTAIS, 1995). « Chaque mâle délimite son territoire, souvent d’une superfiie allant de 1 à 3 hectares. » (SCHULTZ, 1987) et s’efforce d’y attirer les femelles. Ces dernières choisissent l’un d’eux pour s’accoupler et recherchent ensuite un couvert favorable pour nicher. Cela peut être à proximité du territoire du mâle comme en être éloigné parfois de plusieurs kilomètres. Elles assurent seules la couvaison et l’élevage des jeunes. Le nid, simple cuvette aménagée au sol, est le plus souvent localisé dans une jachère enherbée ou une luzerne, parfois dans d’autres lieux herbeux (prairie, ray-grass, bords de chemin, friches…).

 

Les adultes sont majoritairement herbivores. Ils consomment également des invertébrés, notamment les femelles (constitution des œufs). Les jeunes s’en nourrissent exclusivement.
Les Outardes canepetières se rassemblent en groupes pouvant comporter plusieurs dizaines d’individus avant d’effectuer leur migration postnuptiale. Elles recherchent alors principalement les chaumes de colza, les luzernes et les jachères, souvent dans le périmètre de réserve de chasse.

 

Habitat 

L’Outarde canepetière est une espèce de milieux ouverts. Son habitat de prédilection demeure la steppe semi-aride. Elle affectionne particulièrement les terrains dégagés, ouverts, d’aspect steppique : prairies rases, pâtures, jachères, luzernes.
Le secteur de Montreuil-Bellay constitue avec la plaine de Doué-la-Fontaine un véritable prolongement des vastes plaines céréalières du Poitou. Ces paysages ouverts sur de vastes superfiies, ces caractéristiques pédologiques, sols calcaires séchants — peu profonds et riches en cailloux — conviennent parfaitement à l’espèce.

 

L'Outarde en actions

 

Le suivi annuel

Depuis 1997 un suivi annuel est réalisé sur le site de Montreuil-Bellay, afi de disposer d’indicateurs fibles de l’évolution de cette population. Ces travaux sont réalisés grâce à une équipe de bénévoles, de stagiaires et sont supervisés par l’équipe salariée de la LPO Anjou.


Chronologie

• de mi-avril à début mai sont organisés des comptages concertés pour localiser les mâles.
• de mi-mai à mi juillet ont lieu les prospections visant à recueillir des indices de reproductions (nids, jeunes…).
• les comptages postnuptiaux commencent début août pour se prolonger jusqu’à fi septembre. Deux comptages concertés sont organisés le premier week-end de septembre et le premier week-end d’août.


Les contrats Outardes

Depuis la fi du programme Life et malgré l’absence de fiancement publique, la LPO est parvenue à maintenir des contrats Faune sauvage amélioration des jachères PAC Outardes, grâce à la sensibilisation de la profession agricole et à l’appropriation des problématiques de préservation de l’espèce, devenue emblématique sur le site et cher aux yeux des agriculteurs.
Ainsi en 2007 l’action menée par la LPO a permis la signature de 12 contrats pour une superfiie de 82 ha, permettant d’assurer la reproduction de l’espèce sur un tiers des surfaces en gel.


Jachère retrait long terme

Cette démarche est engagée en 1996 avec la signature de 6 contrats pour une superfiie de 28 ha, localisés sur la Champagne de Méron.
Les agriculteurs s’engagent à conserver leurs parcelles en l’état pour une durée de 20 ans et à les entretenir par un broyage annuel à partir du 1er août de chaque année.
La prime attribuée est de 2 400 F/ha/an, soit sensiblement équivalente à la prime accordée dans le cadre du gel PAC.


La mise en œuvre de mesures agri-environnementales (MAET)

En 2007, devraient ce mettre en place les futures MAET. Ce projet de territoire vise à mettre en place un système de compensation fiancière pour des agriculteurs mettant en œuvre des pratiques de gestion favorables à la reproduction de l’Outarde.

 

Bilan de la nidification de l'outarde en Maine-et-Loire en 2007

Les premiers individus d'Outardes canepetières sont de retour chaque année vers le 20 mars, mais les mâles chanteurs ne s'installent sur leur territoire qu'à partir d'avril. La meilleure période pour observer les oiseaux en parade nuptiale se situe du 15 avril au 31 mai. Ensuite, les outardes deviennent plus discrètes. Elles partent pour leurs quartiers d'hivernage à la fin du mois de septembre.

En 2007, 25-27 mâles ont été observés sur le site, le premier individu mâle est arrivé le 15 mars. Peu de nids ont été découverts (trois). Ils étaient localisés dans des parcelles en jachères, pour la plupart sous contrat Outarde.

L'effet des retards de broyage des jachères est donc important puisqu'il conditionne souvent la réussite de la ponte. Cette année 2007 nous a offert des conditions météorologiques particulières, les pluies printanières et estivales ont entraîné un développement exceptionnel de la végétation, rendant les prospections très difficiles, notamment pour localiser les nids, les femelles et plus largement les familles. Le comptage des oiseaux en rassemblement postnuptial indiquait 50 oiseaux sur le site mi-septembre. Parmi ces oiseaux  au minimum 7 jeunes en trois groupes familiaux ont pu être identifiés avec certitude en 2007. Cette population, au vu des études menées dans le cadre du Life, de l'évolution récente de ces effectifs, semble viable et est capable de se développer, malgré son isolement géographique relatif.


Rassemblements postnuptiaux

Sur l'ensemble des sites des régions Centre, Pays de la Loire et Poitou-Charentes, près de 678-690 oiseaux étaient observés le 30 septembre 2006.

Zone d'hivernage Life 1999

Deux mâles d'outarde ont été équipés d’une balise Argos et une vingtaine d'autres outardes d'émetteurs en Sud Deux-Sèvres et Indre.
Un mâle a quitté le Sud Deux-Sèvres (début octobre) et a été localisé près de Caceres, 250 km à l'ouest de Madrid, en Espagne. L'autre oiseau équipé est localisé le 3 novembre entre Madrid et Tolède.

 

L'Outarde canepetière, tendance et évolution 1992-2007 

L’Outarde canepetière est présente d’une part dans le Sud-Ouest de l’Europe (péninsule Ibérique, Maroc, France, Italie) et d’autre part de la Crimée à la Chine (situation mal connue). Sa population européenne est estimée entre 120 000 et 300 000 individus. Le bastion européen de l’espèce est la péninsule Ibérique (surtout l’Espagne) comprenant les quatre cinquièmes des effectifs.


Répartition nationale

La France comptait 1 487-1 677 mâles chanteurs en 2004. Il convient de répartir cet effectif en deux sous-populations : la première, sédentaire, répartie sur le pourtour méditerranéen, accueillait 77 % des effectifs nationaux ; la seconde, dernière migratrice en Europe, est répartie dans les plaines du Centre-Ouest (85 % en Poitou-Charentes) avec environ 350 mâles chanteurs. Cette population hiverne en péninsule Ibérique.

 


La répartition de l’espèce en France entre 1998 et 2004 (JOLIVET et al., 2007) a évolué de manière rapide. Les effectifs de la population migratrice des plaines cultivées du Centre ont connu une forte diminution, parallèlement à une amélioration des effectifs de la population méditerranéenne (coussouls de Crau…).


Répartition départementale

En Maine-et-Loire, l’Outarde canepetière n’est plus présente aujourd’hui que sur les communes de Montreuil-Bellay et Épieds, auxquelles il faut ajouter deux communes voisines du Nord de la Vienne : Pouançay et Saint-Léger-de-Montbrillais.


État des populations sur le site

La population de Maine-et-Loire a fortement diminué au cours des 30 dernières années et comptait encore plus d’une cinquantaine de mâles chanteurs en 1977 répartis entre les cantons de Montreuil-Bellay et de Doué-la-Fontaine. En 1982, une nouvelle enquête met en évidence le déclin de l’espèce. De nos jours, l’espèce est uniquement cantonnée sur la ZPS, la population nicheuse étant de l’ordre d’une vingtaine de mâles chanteurs (19 mâles territoriaux en 2005).


Bilan et analyse de l’évolution de la population


Graphique : Tendance évolutive des effectifs départementaux des mâles (ajustement polynomial)
basée sur les moyennes des effectifs obtenus depuis 1977
(d’après MOURGAUD, 2005).

Tableau : Évolution des effectifs départementaux de mâles d’Outarde canepetière

année
1977
1982
1987
1992
1997
2002
2005
2007
mâles
70
45
28
18
21
20
19
25-27

La courbe de tendance calculée sur les effectifs obtenus depuis 1977 permet de visualiser comment la population nicheuse actuelle semble s’être stabilisée à un niveau relativement bas. Il est toutefois diffiile d’estimer l’effectif qui était présent en Maine-et-Loire il y a une trentaine d’années, l’estimation minimale de la taille de la population en 1970 serait d’au moins 100 mâles chanteurs. Les discussions menées avec les chasseurs et agriculteurs locaux de Montreuil-Bellay laissent penser qu’une telle population était bien présente sur le site puisqu’ils parlent d’envol de centaines d’oiseaux lors de l’ouverture de la chasse en septembre.

 

 

Quelques éléments de bibliographie


BEAUDOIN J.-Cl., 1985. — Second recensement de l’Outarde canepetière Tetrax tetrax en Maine-et-Loire (8 et 9 mai 1982). Bull. Gr. Angevin Ét. Orn., 14 (37) : 109-113.

BOUTIN J.-M., MÉTAIS M., 1995. — L’Outarde canepetière. Éveil éditeur, Angoulême, 72 p.

GUÉGNARD A., 2005.L’Outarde canepetière : un oiseau symbolique au cœur de jeux d’acteurs complexes. Rapport de Master 1 « Environnement et Espaces littoraux », Université de La Rochelle, LPO Anjou, 88 p.

GUILLOU E., 2007. — Rapport annuel, suivi scientifique 2007, l'Outarde canepetière sur la ZPS de la Champagne de Méron. LPO Anjou, 27 p.

JOLIVET Chr., BRETAGNOLLE V., BIZET D., WOLFF A., 2007. — Statut de l’Outarde canepetière Tetrax tetrax en France en 2004 et mesures de conservation. Ornithos, 14 (2) : 80-94.

JOLIVET Chr., 2001. — L’Outarde canepetière Tetrax tetrax en France. Statut de l’espèce à la fin du XXe siècle. Ornithos, 8 (3) : 89-95.

JOLIVET Chr. (coord.), 2001.Programme expérimental de sauvegarde de l’Outarde canepetière et de la faune associée en France. Rapport final. UE/MATE/LPO, 41 p.

MILLET P.-A., 1828. Outarde canepetière. p 403-405. In MILLET P .-A. – Faune de Maine-et-Loire. Tome II. Pavie, Angers, 393 p.

MOURGAUD G., 2001. — Programme expérimental de conservation de l’Outarde canepetière et de la faune associée en France : plan d’action départemental, site no 2, canton de Montreuil-Bellay. UE, MEDD, Région Pays de la Loire, LPO Anjou, 29 p.

MOURGAUD G., 2005. — Outarde canepetière Tetrax tetrax. p. 10-12. In BEAUDOIN J.-Cl., VIMONT V. (coord.), 2005. — Oiseaux nicheurs menacés des milieux agricoles de Maine-et-Loire. Résultats de l’enquête 1996-2001 et synthèse depuis les années soixante. Crex, 8 : 3-46.

SCHULTZ H., 1987. — Biologie et protection de l'Outarde canepetière. Faune de Provence 8 : 54-78.

 TURPAUD-FIZZALA V., 2007. — Bilan de l'action LIFE Outarde canepetière    

Tetrax tetrax année 2006 : ZPS du Mirebalais-Neuvillois et communes adjacentes de Cissé, Etables et Frozes. LPO Vienne. L'Outarde, 44 : 9-17.


mise à jour : octobre 2007


Contact : sylvie.desgranges@lpo-anjou.org


          





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